VLADIMIR PUTIN
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VLADIMIR PUTIN

Media Review

16 october, 2008 15:49

Le Figaro (France): Saakachvili : ""Pas de miracle" à attendre de Genève"

Nous sommes d'abord un pays européen et pas un quelconque satellite américain.

INTERVIEW - Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a répondu à nos questions. Il dénonce l'occupation russe de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud.

LE FIGARO. Aucun face-à-face n'a pu être organisé mercredi à Genève entre les représentants de votre pays et les Russes. Faut-il craindre pour la poursuite du processus ?

Mikhaïl SAAKACHVILI. Nous sommes prêts à parler avec les Russes, mais ces derniers n'ont pas l'esprit à négocier. Nous ne pouvons pas légitimer l'occupation illégale et le nettoyage ethnique qui a été perpétré en Ossétie du Sud, ni la présence de représentants (ossètes et abkhazes soutenus par Moscou, NDLR). C'est comme lorsque l'Allemagne exigeait que l'on parle avec le régime de Vichy. Il n'est pas possible d'accepter un compromis quant à la reconnaissance (par les Russes de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, NDLR) et leur occupation physique de ces territoires. Les Russes construisent actuellement des bases militaires, ce qui est un désastre. Cela pose un problème de sécurité majeur pour l'Europe.

 - Le ministre Bernard Kouchner a néanmoins estimé que le retrait des troupes russes au-delà de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie était acquis.

Ce n'est pas entièrement fait. Ils se sont retirés de plusieurs villages, du port de Poti, mais il reste d'autres endroits desquels ils doivent se retirer, comme le district d'Akhalgori (qui jusqu'en août était administré par la Géorgie, NDLR).

 - Êtes-vous prêt à poursuivre les discussions de Genève ?

 - Ce processus est important et il faut conserver la structure de manière à obtenir plus tard des résultats concrets. Nous n'attendons pas de résultats miraculeux dans la mesure où le contexte international n'est pas propice. La nouvelle Administration américaine n'est pas en place et il y a la crise financière. Même si, aujourd'hui, la volonté fait défaut, cette dernière pourra se manifester dans les mois ou les deux ans qui viennent. Aujourd'hui, les Russes refusent que leurs troupes présentes dans la région soient remplacées par une force européenne le temps d'organiser des élections. Mais avec le temps, la Russie peut adopter un comportement plus civilisé. Il faut être patient.

 - L'Europe a pris le leadership dans cette crise au détriment de vos alliés américains, et elle paraît désireuse de renouer son partenariat avec la Russie ? Vous n'êtes pas perdant dans l'affaire ?

 - Pas du tout. C'est l'Union européenne en général, et la France en particulier, qui a montré beaucoup de ténacité. Grâce à l'intervention de Paris, Poutine a décidé de ne pas attaquer Tbilissi (la capitale géorgienne). Au mois d'août, le premier ministre russe était convaincu que l'Amérique ne serait pas capable de réagir et que l'Europe resterait également inerte. Il a eu raison sur le premier point mais tort sur le second. Par ailleurs, même si, à long terme, l'Amérique reste un allié important, nous sommes d'abord un pays européen et pas un quelconque satellite américain.

 - Pouvez-vous affirmer que vous êtes soutenu par l'Europe alors que la France et l'Allemagne ont, en avril dernier, bloqué la première étape vers l'adhésion de votre pays à l'Otan.

 - Ce blocage allemand n'était pas très utile, car cela a envoyé des signaux dangereux à la Russie. Mais ce n'est qu'une question de temps. À travers l'Otan, notre objectif n'est pas uniquement militaire, mais d'être plus proche de l'Europe. Ce processus d'intégration prendra plus de temps que prévu mais je reste relativement optimiste.