Que ce soit avec la reine d'Angleterre, le Premier ministre chinois ou le roi d»Espagne, Vladimir Poutine se fait souvent attendre, à l»étranger comme chez lui.
Mais n'y voyez pas un message politique, l'emploi du temps du dirigeant russe est simplement surchargé, selon son entourage.
Ses retards deviennent pour la première fois l'objet d'un débat médiatique en 2003 lorsque Vladimir Poutine, alors président russe en visite officielle à Londres, fait patienter la reine Elisabeth II pendant douze longues minutes.
La presse soulève une nouvelle fois le problème après que le roi d'Espagne Juan Carlos et son épouse Sofia l»eurent attendu une vingtaine de minutes, par un froid glacial, en février 2006 à Madrid.
Début juin, la présidente finlandaise Tarja Halonen a dû attendre deux heures le Premier ministre russe, en visite à Helsinki.
Chez lui, ses retards ne semblent étonner personne : ministres, artistes, journalistes, tous l»attendent patiemment, en se répétant le proverbe russe «les chefs ne sont jamais en retard, ils sont juste retardés».
En avril 2001, il est même arrivé à la messe de Pâques «dix minutes après la résurrection du Christ», ironisait alors la presse russe.
«Il est plus facile de compter les évènements que Vladimir Vladimirovitch (patronyme de Poutine) a commencés à l»heure», constate une porte-parole du gouvernement russe.
«Certains affirment qu»il n»a pas la notion du temps, mais la raison en est plus simple : il est surchargé de travail», ajoute-t-elle.
Selon son entourage, Vladimir Poutine, qui dirige le gouvernement depuis mai 2008, travaille sans compter ses heures.
«Il entre en profondeur dans les problèmes, il écoute les gens avec attention sans les interrompre», explique à l»AFP Guerman Gref, patron de l»une des plus grandes banques du pays, la Sberbank, et ancien ministre du Développement économique.
«Chacun a son style, et nous nous sommes adaptés au sien», ajoute cet habitué du sérail.
«Des retards ? Mais le Premier ministre arrive toujours pour le début d»un évènement», a lancé un jour son porte-parole, Dmitri Peskov.
Les journalistes accrédités auprès du Premier ministre passent des journées entières à attendre à sa résidence de Novo-Ogarevo, près de Moscou, ou au siège du gouvernement, plongés dans des livres ou s»adonnant à des jeux de société.
«Il n»arrivera pas avant deux ou trois heures, sa rencontre précédente avec les gouverneurs n»a pas encore commencé», échangeaient-ils dernièrement au siège de la Sberbank où M. Poutine est finalement arrivé avec plus de trois heures de retard.
«C»est un mal inévitable», soupire Andreï Kolesnikov, journaliste vedette du quotidien Kommersant et coauteur du premier livre sur Vladimir Poutine, basé sur une série de conversations avec lui.
«J»ai vu plusieurs fois comment ça se passe : un coup de fil inattendu d»un chef d»Etat l»occupe pendant une heure, et voilà tout son agenda bousculé», raconte-t-il à l'AFP.
Sa manie d»arriver en retard ne date pas non plus d»hier, témoigne sa femme Lioudmila, évoquant leurs premières rencontres.
«Arriver (au rendez-vous) avec une heure et demie de retard était une chose courante chez Vladimir Vladimirovitch», avouait-elle dans un livre en 2002. «Je n»arrive toujours pas à m»y résigner», poursuivait la Première dame.
«Pour moi, les retards traduisent toujours un manque de politesse, mais chaque fois que Poutine entre finalement dans la salle, il dégage une telle énergie que je les oublie», confie pour sa part une correspondante d»un grand média américain.
Par Marina LAPENKOVA




