par Marie Jégo
Le dégel des relations américano-russes a beau être dans l'air depuis que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a offert à son homologue russe Sergueï Lavrov un jouet de plastique orné d'une touche «Relance», en Russie, les sentiments antiaméricains ont encore de beaux jours devant eux.
Côté culture, tout va bien, les Russes fréquentent le McDo, vont voir les films de Woody Allen, voyagent aux Etats-Unis et parsèment la langue de Pouchkine de termes anglo-saxons - business, player, drive, manager, tour -, ressassés à l'envi par les jeunes.
Côté devise aussi : le billet vert est redevenu une valeur refuge depuis la dépréciation du rouble (- 35 % en janvier). La Banque centrale vient de le confirmer : chez les particuliers, la tendance est à la fermeture des comptes en roubles, tandis que les dépôts en devises (dollars ou euros) ne cessent d'augmenter (34 % pour le seul mois de janvier).
C'est le modèle politique qui ne passe pas. Prisées au moment de l'éclatement de l'URSS en 1991, les notions comme la démocratie, l'économie de marché n'attirent plus. Selon une étude récente conduite par des économistes, 60 % des personnes interrogées estiment que le modèle occidental n'est pas bon pour la Russie.
Les Etats-Unis détiennent la palme de l'antipathie. Ce sentiment est très présent chez les jeunes d'une vingtaine d'années, proches de leurs grands-parents sur ce point, tandis que la génération des parents est plus positive, souligne l'enquête. Sans doute les jeunes sont-ils plus réceptifs à la propagande officielle du Kremlin, prompt à décrire l'ancien ennemi de la guerre froide comme l'instigateur de tous les maux : la guerre russo-géorgienne d'août 2008, la crise du gaz avec Kiev en janvier, la tourmente financière globale.
En accusant les Etats-Unis d'avoir contaminé le reste du monde avec la crise, le premier ministre, Vladimir Poutine, n'a fait que poursuivre sa rhétorique habituelle sur les ennemis du pays. La stimulation du sentiment antiaméricain, un exercice hérité de la période de la guerre froide, est une des cordes que l'ancien lieutenant-colonel de l'ex- KGB (services de sécurité) aime faire vibrer pour rallier l'opinion publique.
Au moment où la crise frappe, le recours à l'image d'une Russie entourée de forces hostiles qui veulent sa perte est plus que jamais présent dans le discours officiel. Les histoires d'espions et de «cinquième colonne» ont refait leur apparition. Pour avoir «coopéré avec des institutions américaines qui donnent des bourses aux opposants», Iouri Evdokimov, le gouverneur de la région de Mourmansk, face à la mer de Barents, est voué à une destitution prochaine car «il a trahi les intérêts de la Russie en Arctique», a expliqué, dans son édition du 6 mars, le quotidien Nezavisimaïa Gazeta, citant une source anonyme à l'administration présidentielle.
Même son de cloche au procès des présumés complices de l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, où le parquet se serait attaché à décrire la victime comme une citoyenne américaine ayant «prêté serment» aux Etats-Unis, un agent double en quelque sorte. Née à New York d'un couple de diplomates soviétiques, Anna Politkovskaïa était bien détentrice d'un passeport américain, reçu en 1998.
Selon le parquet, elle aurait, à cette occasion, juré fidélité à sa nouvelle patrie au détriment de la Russie. Le texte du «serment» a même été dévoilé aux jurés. Le message était limpide : avec un tel bagage, pas étonnant que la journaliste se soit fait des ennemis. Mais les agents doubles et autres traîtres au service de Washington n'ont qu'à bien se tenir. Une surprise les attend.
Comme l'URSS jadis, les Etats-Unis vont bientôt éclater en six Etats, voués à être absorbés par d'autres puissances. La Côte est ira à l'Union européenne, le Canada s'emparera du Middle West, le Mexique mettra la main sur le Texas et les Etats du Sud, la Chine et le Japon se partageront la Côte ouest, l'Alaska reviendra à la Russie.
S'agit-il du scénario d'une nouvelle série télé de politique-fiction ? Non, ce sont les thèses géopolitiques avancées par Igor Panarine, recteur de l'Académie diplomatique du ministère russe des affaires étrangères, une institution qui forme les nouvelles générations de diplomates russes.
Ce docteur en psychologie, analyste au KGB dans son premier emploi à la fin des années 1990, n'en démord pas : «Les Etats-Unis vont disparaître.» «Leur monnaie aussi, d'ailleurs. Vous n'êtes pas au courant ? En 2009, le dollar va être remplacé par une nouvelle devise, l'«améro».» La déchéance est imminente, prévue pour l'automne 2010. Elle trouve ses racines dans «la faillite morale, le stress psychologique» qui caractérisent ce pays «aux prisons bondées», «envahi par les homosexuels».
Dans la foulée, l'expert en géopolitique prédit «une guerre civile» outre-Atlantique. Et puis, les réformes mises en place par le président Obama vont échouer. D'ailleurs n'est-il pas le «Gorbatchev de l'Amérique» ? La seule différence entre les deux hommes est que «Gorbatchev est un traître, tandis que Barack Obama ne l'est pas. Un jour ou l'autre, Gorbatchev devra payer pour avoir détruit l'empire russe reconquis par Staline». Seule bonne nouvelle, le déclin de l'empire américain va rendre à la Russie son statut de puissance, à égalité avec la Chine, cela va sans dire.




