La Géorgie? Une bonne leçon. Les missiles? Inutiles mais bien pour la Pologne. Poutine? Le bon et le mauvais. Lech Walesa reçoit la «Tribune» l'avant-veille de la cérémonie des 25 ans de son Nobel de la paix.
OLIVIER BOT
La moustache qui a effacé celle de Staline du paysage polonais a blanchi. Mais le combat de l'électricien des chantiers navals de Gdansk recevant le Prix Nobel il y a vingt-cinq ans continue. Après-demain, une cérémonie de cet anniversaire aura lieu dans sa ville. Il y recevra le président français, Nicolas Sarkozy, et le dalaï-lama, qui se parleront malgré les menaces de la Chine. Avec sa bénédiction. Car sa
mission de paix, dans un monde globalisé, se poursuit à l'échelle de la planète. Le premier président de la Pologne démocratique, Lech Walesa, a reçu la Tribune de Genève hier , dans son bureau du Dlugi Targ, donnant sur le Musée de la marine, tout proche. Entretien exclusif.
Qu'est-ce qui a changé depuis les événements de Gdansk, il y a vingt-cinq ans?
Mais c'est à Gdansk que le monde est entré dans l'ère de la globalisation! Nos chantiers navals constituent son premier monument historique. Notre mouvement, avec le soutien du pape Jean Paul II, a conduit à la libération du communisme en Pologne, à l'unification allemande et européenne, à la dissolution de l'Union soviétique.
Que vous a inspiré, cet été, le conflit militaire entre la Russie et l'ancienne Géorgie soviétique?
L'affaire géorgienne a démontré que le monde n'était pas préparé à une telle situation. Les Nations Unies n'ont pas vraiment réagi. Les Etats-Unis étaient dans l'incapacité d'intervenir. Au sein de l'Union européenne, il y a eu des divisions. Nous devons nous préparer à la possibilité d'une crise de ce genre à l'avenir. En ce sens, la crise géorgienne a été une très bonne leçon pour le monde, un très bon test, avec Dieu merci peu de pertes humaines. Cela a tourné au désavantage de tous les acteurs, Russie comprise. Car le monde a désapprouvé son intervention. Après cette guerre, la Géorgie, qui allait être admise dans l'OTAN, se retrouve avec une simple promesse d'y entrer un jour. Tirons-en les conclusions aussi vite que possible!
Etes-vous favorable à l'entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN?
Pas pour l'instant. Nous avons besoin d'étudier la situation. Nous ne devons pas oublier la philosophie qui a conduit à une OTAN élargie. Une OTAN élargie suppose une paix élargie. Aujourd'hui, l'Alliance doit dire et démontrer au monde qu'il n'y a pas de force militaire capable d'entrer en confrontation avec elle. L'Alliance atlantique doit dire au monde: «Regardez, les forces extérieures à l'OTAN représentent un dixième de notre puissance.» Par cette démonstration, on devrait parvenir à réduire le potentiel des deux côtés par dix. A mon avis, l'Alliance a un peu oublié cet objectif.
Mikhaïl Gorbatchev, l'ex-président russe, vous a envoyé un message vidéo pour les 25 ans de votre Prix Nobel. En imaginant que Vladimir Poutine, premier ministre russe, vous en adresse un, quel serait-il selon vous?
J'imagine deux messages possibles. Le premier viendrait du bon Poutine. Ce serait le message d'une Russie pacifiste et heureuse: «La Russie est un grand, fort et beau pays. Merci d'avoir permis à d'autres pays d'exister à côté de nous. C'est merveilleux parce que cela nous permet de renoncer à la course aux armements. Voilà pourquoi je suis reconnaissant à Walesa.» Mais il y a un autre Poutine qui dirait: «Je me souviens que vous avez désintégré l'Union soviétique. Vous aurez la monnaie de votre pièce!» Je ne sais pas lequel de ces deux messages prévaudrait.
Le président Sarkozy a dit récemment que le bouclier antimissile américain, qui doit être installé pas loin d'ici, ne sert pas la sécurité et complique la situation. Etes-vous de cet avis?
Du point de vue militaire, ce bouclier est inutile. Parce que nous avons déjà de quoi détruire dix fois le globe. A quoi bon débattre d'une onzième capacité de destruction. Nous serons déjà tous morts. Mais il y a aussi une perspective économique à cette installation. Je pense qu'envisagé de cette manière, c'est une très bonne chose que des Américains viennent dépenser leurs dollars sur le sol polonais.
Etes-vous pour ou contre cette installation?
Je suis contre et pour à la fois.




