Pierre Brianсon
Vladimir Poutine avait peut-être oublié sa calculette, jeudi 20 novembre, au moment de faire un discours promettant aux Russes qu'ils parviendraient à surmonter la crise. Ou alors on n'enseignait pas le calcul à l'école du KGB dans les années 1970.
A l'époque où le pétrole s'échangeait à 140 dollars le baril, il aurait peut-être été crédible de promettre à la fois des baisses d'impôts, des dépenses budgétaires élevées et un rouble fort. Mais avec un baril à 50 dollars, le premier ministre russe ne parviendra pas à tout faire.
Le Kremlin, jusqu'à présent, a plutôt bien réagi face à la crise, aidé par un matelas confortable de réserves de change accumulées durant une décennie d'euphorie pétrolière et de rigueur budgétaire. Un plan de quelque 200 milliards de dollars (158 milliards d'euros) a été lancé pour soutenir l'économie, et les ressources d'un fonds de réserve ont servi à aider les entreprises russes à rembourser leurs dettes extérieures.
La compétence et la vigilance du ministre de l'économie, Alexis Kudrin, ont permis d'éviter que les réserves de change ne soient détournées au profit des canards boiteux. Enfin, la banque centrale a géré en douceur le déclin du rouble, environ 6 % cette année.
M. Poutine a semblé oublier cette prudence, jeudi, en promettant une baisse de l'impôt sur les sociétés, tout en affirmant que le gouvernement ne renoncerait pas à ses plans ambitieux d'investissement dans les domaines de la santé ou des infrastructures publiques.
Mais le surplus budgétaire russe - plus de 7 % du produit intérieur brut (PIB) cette année - pourrait se transformer en déficit en 2009. Et les réserves de change - un peu plus de 450 milliards de dollars - auront disparu en avril si elles continuent de diminuer au rythme constaté lors de la troisième semaine de novembre.
La popularité de M. Poutine reposait sur la prospérité économique et sur le rouble fort ; on comprend donc qu'il s'y accroche. Mais l'économie réelle commence à souffrir, avec des fermetures d'usine et des arriérés de salaire qui s'accumulent. Et les baisses d'impôt sur les bénéfices ne signifient pas grand-chose pour les entreprises déficitaires. Il arrivera donc un moment où M. Poutine devra choisir entre la baisse des dépenses et la défense du rouble.




