Vue sur le monde.
Bernard Guetta
Il l'avait annoncé la semaine dernière, et c'est virtuellement fait. Dès mardi, le président russe a transmis à la Douma, la chambre basse du parlement, un projet d'amendement constitutionnel visant à faire passer de quatre à six ans la durée du mandat présidentiel et, dès vendredi, ce texte a été adopté en première lecture.
Ce n'est pas que Dmitri Medvedev souhaite rester plus longtemps que prévu au pouvoir. Ce n'est pas son ambition puisque cette disposition ne s'appliquera qu'à compter des prochaines élections et ne le concerne donc pas, mais quel est, alors, son objectif et comment expliquer, surtout, que les députés aient été priés d'examiner ce projet en procédure d'urgence?
La raison donnée - le besoin d'assurer une plus grande continuité à la direction du pays - rend si peu compte de cette hâte que beaucoup de journalistes et d'élus russes ont vu, là, les prémices d'un retour de Vladimir Poutine au Kremlin. Ce qui se préparerait, affirment-ils, serait une démission de Dmitri Medvedev ouvrant la voie, sous quelques mois, à une candidature de son prédécesseur qui pourrait, alors, reprendre les rênes pour deux mandats consécutifs de six ans, autrement dit jusqu'en 2021.
On ne peut pas l'exclure. C'est plausible. Le seul fait que cette rumeur se soit répandue et persiste montre à quel point Dmitri Medvedev reste perçu comme la simple marionnette de l'homme qui l'a mis en place. Cette interprétation appelle, pourtant, une question. Plutôt que de recourir à une telle mascarade, pourquoi Vladimir Poutine n'aurait-il pas fait, plus simplement, amender la Constitution l'hiver dernier pour pouvoir briguer un troisième mandat, voire un quatrième puis un cinquième?
Cela aurait semblé tellement moins byzantin qu'une autre interprétation vaudrait, au moins, examen.
Dans son discours de la semaine dernière, Dmitri Medvedev n'avait pas fait qu'annoncer cet allongement du mandat présidentiel. Il avait aussi mis l'accent sur les libertés, «personnelles et individuelles», disait-il sans crainte de la redondance. Il avait souligné la nécessité de «l'indépendance» de la justice; dénoncé la «corruption» et «l'arbitraire»; mis en garde contre toute tentation de censurer l'internet et souhaité que les médias puissent rendre compte des avis et activités de tous les courants politiques - ce qui n'est pas exactement le cas aujourd'hui.
Non seulement ce discours était fidèle à sa posture d'avocat du développement des libertés en Russie, aux armes qu'il s'est choisies, mais Dmitri Medvedev avait aussi proposé de faciliter la constitution de partis politiques et d'admettre que ceux qui ne franchissent pas le seuil des 7% de voix requis pour entrer à la Douma puissent y être, malgré tout, représentés. Il s'est ainsi démarqué du système mis en place par Vladimir Poutine et l'a même contredit en estimant que les gouverneurs de région devraient procéder des élections locales et non plus être nommés par le Kremlin.
Ce n'est pas là le retour à Poutine. C'est, plutôt, une tentative d'évolution, conduite par Dmitri Medvedev. Elle est d'autant plus frappante que le gouvernement, donc son chef, Vladimir Poutine, devrait désormais rendre compte, chaque année, de son action devant la Douma dont le mandat sera aussi prolongé, passant de quatre à cinq ans.
Le premier ministre y perd. Le président y gagne en hauteur et le parlement en autorité... Qu'en conclure? La certitude est que l'équilibre des pouvoirs ne s'est pas encore trouvé à Moscou.




